résidence 2016-2017

 

 

Le projet de Paloma Polo se déploie autour de la transformation radicale que la notion de clandestin a progressivement subi au cours des dernières décennies. La succession historique d'un tel changement couvre une période allant du militantisme clandestin antifasciste (renforcé vers le milieu du XXe siècle) au statut d’illégal, récemment inventé par les Etats occidentaux, conférant à des millions de personnes une condition de prisonniers parmi les citoyens des pays occidentalisés. Ces êtres humains « sans documents » sont, a contrario et sans relâche, passés au crible d’administrations gouvernementales. Privés de liberté ou de droits, ils sont réduits à devenir une main-d'œuvre esclavagisée et clandestine. Invisibles et pourtant physiquement très présents, les migrants contemporains doivent vivre en tant que « faux citoyens » (sous le coup néanmoins d’une myriade d'obligations) avant que les autorités administratives ne décident s’ils sont dignes d'acquérir ou non le statut de citoyen.

Afin de problématiser cette situation via la notion de clandestin, le projet prendra la forme d'ateliers et de discussions régulières prenant comme point de départ l’immersion intensive de Paloma Polo dans une période peu connue de l'histoire récente espagnole et française: la lutte anonyme et clandestine contre le franquisme, menée principalement par un Parti Communiste Espagnol (PCE) illégalisé, et donc contraint à orchestrer sa lutte depuis la banlieue rouge parisienne grâce notamment à l’incessant soutien du Parti communiste français (PCF).


Peut-on sauver quelque chose de cette lutte pour réanimer les liens sociaux et nous préparer à faire face à la situation actuelle ? Comment pouvons-nous penser et parler de ce qui n'a pas été ni pensé ni parlé au-delà de petits groupes actuellement inaccessibles et toujours coupés d’un passé idéalisé ? La clandestinité contemporaine peut-elle devenir une force politique ? Les citoyens des pays occidentalisés sont-ils voués à la condition de migrants «sans papiers» étant donné l'état de sécurisation et la réduction progressive des libertés et des droits dans l’ensemble de ces pays ? Est-il purement nostalgique d'affirmer un NOUS en cette période contemporaine ?