Question n°81 : tentative de réponse
Vendredi 8 Décembre 2017, 16h00 » 22h30

Question n°81 : tentative de réponse

Vendredi 8 décembre 2017, de 16h à 22h30

 

Question n°81 : tentative de réponse
workshop / lecture / projections / rencontre

avec Sonia Chiambretto & Yoann Thommerel (auteurs en résidence aux Laboratoires), Jacques Debot (écrivain et blogueur), Jonathan Larcher (anthropologue), Leyokki (artiste), Anne-Sarah Huet (poète, économiste) et Gabriele Čepulytė (typographe).

 

photogramme de Romani Memory #1 – Amintire _ © Brèches, 2016

 

Élaboré collectivement aux Laboratoires d’Aubervilliers dans le cadre des actions menées en lien avec le Groupe d’information sur les ghettos, le Questionnaire n°1 interroge les mécanismes d’exclusion et de repli. Au cours de cette fin de journée et soirée, les workshop, lecture, projections et rencontre construits ensemble prendront pour objet une question supplémentaire, autour du concept de souveraineté visuelle :

81.   Avez-vous déjà été tenté de prendre en photo un enfant rom dans
       la rue parce que vous le trouviez vraiment trop chou ?

Cet événement réunira les écrivains Sonia Chiambretto et Yoann Thommerel, l’écrivain et blogueur Jacques Debot, ainsi que l’anthropologue et cinéaste Jonathan Larcher et l’artiste Leyokki du collectif BRÈCHES pour la présentation de leur film Romani Memory #1 - Amintire.

La rencontre sera précédée du workshop Archives et Technologies de l’image avec le collectif BRÈCHES, et d’une lecture d’après Custer Died for your Sins : An Indian Manifesto de Vine Deloria, Jr. par Anne-Sarah Huet (poète, économiste) et Gabriele Čepulytė (typograhe) autour du concept de souveraineté visuelle.

 

 

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entrée libre sur réservation à
reservation@leslaboratoires.org ou au 01 53 56 15 90

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PROGRAMME

 

16h00 - 17h30

Archives et Technologies de l’image
Workshop avec le collectif BRÈCHES & Jacques Debot

Sous la forme d'une installation performative, entre chambre noire et espace d’exposition, ce workshop entreprend une archéologie des images et des media par lesquels Roms et Tsiganes ont été identifiés, fichés et surveillés. À partir des traces laissées par ces dispositifs de contrôle, l’écrivain et blogueur Jacques Debot propose une lecture de l’ambivalence de ces images, incarnations du pouvoir étatique et supports de récits familiaux et intimes. Une discussion critique autour de ces photographies judiciaires sera par ailleurs l'occasion de déployer les ramifications et généalogies de ces documents afin notamment d’explorer les moyens par lesquels il est possible de modifier leur devenir. Ainsi, par la confrontation des clichés anthropométriques aux archives photographiques et aux vidéos réalisées au téléphone portable par des familles roms/tsiganes, ce travail d’exhumation revient à reprendre la main sur les imageries dont les Roms et Tsiganes sont l’objet.

Le dispositif plastique sur cinq écrans, pensé par le collectif Brèches et Jacques Debot, reconfigure l’imaginaire que nous, gadjes et Roms, entretenons avec nos archives visuelles personnelles autant que notre rapport aux dispositifs de projection (écrans d’ordinateur, diapositives, rétroprojecteur).

Au fil des récits et des continents d’images projetés, se dessine un champ de lutte et d’expérience pour la représentation et par les images.

18h - 19h

NEULAND Inc.

« Pendant les trois années d’exercice de ma fonction de Directeur au Congrès national des Indiens d'Amérique, il ne s’est pas passé un jour sans qu’un blanc n’entre dans mon bureau et  proclame fièrement qu’il ou elle était de descendance Indienne. (…) Toutes les personnes rencontrées, à l’exception de l’une d’entre elles, affirmaient le tenir du côté de leur grand-mère. (…) Un ascendant masculin n’a que trop l’aura du guerrier sauvage, du primitif inconnu, de l’animal instinctif, pour en faire un membre respectable de l’arbre familial. Mais une jeune princesse Indienne ? »

__ extrait de Custer Died for your Sins : An Indian Manifesto (1969),
de Vine Deloria Jr.

Écrivain et juriste amérindien, l'auteur est également à l’initiative du premier programme universitaire d’American Indian Studies.

Gabriele Čepulytė, typographe, et Anne-Sarah Huet, économiste, rendront leur rapport d’expertise au sein d’un Task Force, constitué pour répondre au problème dit « de la grand-mère amérindienne qui est une princesse, et du S primitif ».  Sur la base d’Enrichissement de Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, du Livre des signes de Rudolf Koch, et d’un numéro de Playboy, les deux membres du Task Force produiront un document opératoire (les opérateurs : titres de propriété, licences) et présenteront NEULAND Inc.

20h

Projection du film Romani Memory #1 – Amintire (2106)
du collectif BRÈCHES

suivie d’une rencontre avec Jacques Debot, Jonathan Larcher, Leyokki, Anne-Sarah Huet, Gabriele Cepulyte, Sonia Chiambretto et Yoann Thommerel.

« De mauvaise grâce, un ethnographe filme un anniversaire à la demande de ses interlocuteurs. Une fête ordinaire, banale sans intérêt scientifique ni enjeu plastique. La caméra finit par circuler de main en main. La scène est filmée avec une caméra DV d’entrée de gamme et les cassettes sont rapidement classées comme un "souvenir" (amintire en roumain) au fond d'un carton. Six ans plus tard, ces images se dégradent lors de leur numérisation. Jonchées de pixels morts et de bruits numériques, le son se désynchronisant progressivement, ces images reprennent vie. Sans statut, rejetées des documents de l’enquête, filmées pour l'expérience vécue et sans présumer de leur usage à venir, ces images acquièrent par les défauts de la numérisation la fonction et la forme d'une archive. »
__ Brèches, Novembre 2016

À partir de la projection du film, la discussion portera sur les ressources pratiques et plastiques d’une « souveraineté visuelle » des sujets filmés – et souvent dominés – qui souhaitent « reprendre le cadre » ou « réclamer l’écran ».

Trois questions seront plus particulièrement abordées :

– La remise en cause de la centralité du regard de l’enquêteur (qu’il soit ethnographe, photographe, ou autre sachant) ;

– La réappropriation plastique des imageries produites par les dominants par l’usage d’algorithmes et d’un cinéma numérique à la main ;

– La considération du savoir des images des sujets filmés et photographiés comme une ressource politique et critique.

 

 

 

photogramme de Romani Memory #1 – Amintire _ © Brèches, 2016

 

couverture de la publication originale de Custer died for your sins, 1969
__ tous droits réservés