• Le Printemps des Laboratoires #5
  • Plateforme de recherche partagée



Le Printemps des Laboratoires est une plateforme de recherche partagée conçue par Dora García, Alexandra Baudelot et Mathilde Villeneuve, co-directrices des Laboratoires d’Aubervilliers. Celle-ci rassemble tout au long de l’année un public actif, invité à échanger expériences et connaissances lors d’ateliers de lecture, de séminaires et divers évènements publics (projections de films, performances, rencontres) programmés en fonction d’une problématique particulière afférente à l’art mais débordant son cadre. Elle offre ainsi la possibilité de penser ensemble, depuis un contexte artistique, les questions sociales et politiques actuelles. Elle permet aussi de tisser de manière transversale des liens entre les différents projets menés par les artistes en résidence aux Laboratoires et d’ainsi mieux saisir les enjeux critiques qui les relient.

La quatrième édition du Printemps des Laboratoires, La Psychotropification de la société, formulait en 2016 le constat d’une augmentation exponentielle de la médicamentation dans le cadre de traitement des troubles mentaux, pour réfléchir plus largement aux effets de normalisation et de contrôle et explorer le rapport que la société entretient à la maladie et la folie et observer comment des personnes et communautés concernées créent des stratégies de contournement pour inventer d’autres modalités d’existence.

Cette édition a ouvert un champ très vaste que nous avons souhaité continuer à explorer pour ce cinquième Printemps des Laboratoires. Sous l’intitulé Extra Sensory Perception, nous poursuivons cette année nos réflexions via les ateliers de lecture quinzomadaires ainsi que le séminaire mensuel « Pratiques de soin et collectifs » et plusieurs autres rencontres publiques. Tout au long de ces séances, via des lectures, workshops et performances, nous nous intéressons à la manière dont notre société peut faire de la place  - politiquement, socialement, juridiquement - à des expériences hétérogènes et mineures. À travers l’intitulé des “perceptions extra sensorielles” nous explorons les perceptions et les conceptions d’un monde multiple et sensible, en deçà ou au-delà d’une approche rationnelle. Ce qui implique de repenser et remodeler en partie nos agencements quotidiens, les découpages des catégories qui ont jusqu’alors architecturé notre espace mental, d’outrepasser les clivages entre monde sensible et intelligible, entre entités visibles et invisibles.

C’est en revisitant l’héritage d’une rationalité occidentale (et avec elle notamment la prédominance psychiatrique de l’interprétation de la folie), en allant puiser dans des pratiques qui se déploient à la marge des centres du pouvoir (du rapport à la nature en milieu urbain, de l’écologie et du soin), en mettant en commun des expériences singulières (de communautés chamaniques, de luttes contre l’effet néfaste des ondes électromagnétiques...) que nous pouvons commencer à nous équiper de nouveaux outils qui nous aident à redéfinir nos subjectivités sans créer de séparations entre elles, à réhabiliter des formes d’hospitalités en vue de rendre nos sociétés plus habitables et respirables.

Depuis le début de ce cycle ESP démarré en octobre 2016 nous dressons une bibliographie collective. Celle-ci nous a projeté tour à tour dans l’exploration des identités cyborgs féministes, nous rendant davantage attentif à la complexité des communications animales et à notre rapport aux entités non-humaines. Nous avons cherché ce qui se loge dans l’ombre, nous nous sommes exercés à des formes de télépathie collective, nous nous sommes imprégnés des mots des autres en explorant ceux qui s’absentent d’une langue à l’autre et qui font défaut à l’appropriation de nos expériences, nous avons cherché à actualiser les formes de communalités révolutionnaires passées et en particulier celles qui ont ponctué une grande partie du XIXème siècle en France. Ou encore, nous avons pensé les formes constructives de dépossession (celle d’une vulnérabilité commune) contre celles contraintes (les expropriations, les assignations identitaires...). à chaque fois, ceci est aussi l’occasion de proclamer notre croyance et confiance renouvelées dans l’art et la poésie, tels des lieux ingouvernables, pleins d’une puissance de dérèglements, de désobéissance et d’imagination de nouvelles fictions politiques.

Dans le cadre de la programmation du Printemps des Laboratoires nous intensifions l’exploration de ces pistes d’avril à juillet 2017 avec plusieurs événements publics proposés à la fois par des artistes et par des chercheurs.




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Ce projet reçoit le soutien de l'Adagp et de Copie privée.