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Chacune des interventions de Pascal Poyet à la Mosaïque des Lexiques est l'occasion d'exposer sa façon de traduire les Sonnets de Shakespeare : 
« partant d'un travail de traduction déjà avancé, que cette exposition remet sinon en question, du moins en chantier »… L'enregistrement de ses performances fait l'objet d'une retranscription et d'une publication sur le blog des éditions Agone. Cette page en propose l'accès :

  

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Mosaïque des Lexiques #1 ― 01 02 2019

J’ouvre au hasard et par hasard un exemplaire des Sonnets de Shakespeare, et je tombe sur deux sonnets, sur deux pages en vis-à-vis, les sonnets 46 et 47. Ce qui me frappe en les voyant, en les regardant, c’est la récurrence, presque à chaque vers, des mots eye et heartœil et cœur. Et plus précisément de mon œil et mon cœur, avec des possessifs.

En fait, Shakespeare écrit souvent l’œil et le cœur miens, et je ne suis pas loin de penser qu’en réunissant de cette façon œil et cœur avec un même pronom possessif il essaie quelque chose comme un duel. Un duel, au sens grammatical. (Il y a dans certaines langues le singulier et le pluriel, comme en anglais ou en français, mais aussi, entre les deux, ce qu’on appelle le « duel », c’est-à-dire le pluriel des choses qui vont par deux. En arabe, les babouches, les chaussures, mais aussi tout ce qui se trouve être deux est au duel, et le pluriel commence à trois.)

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Mosaïque des Lexiques #2 ― 01 02 2019

Voir ou savoir comment je parle me semble étroitement lié à voir ou savoir ce que je dis. Or, ce que je dis, quand je parle, c’est, en premier lieu, je.

J’ai donc entrepris de traduire les sonnets de Shakespeare. De traduire, mais les sonnets de Shakespeare.

Tous les sonnets de Shakespeare sont écrits à la première personne et c’est (si l’on en croit le titre, les « sonnets de Shakespeare ») Shakespeare qui parle, qui dit je, I, et s’adresse à un tu qui, lui, n’est jamais nommé. Un tu qui, dans l’anglais de Shakespeare, se disait thou.

En réalité, tu change. Tu est, dans les cent-vingt six premiers sonnets, un jeune homme, puis tu est, dans les vingt-cinq derniers sonnets, une femme. Et non seulement tu change, la personne change, mais le pronom change lui aussi. Shakespeare passe, par séquences, du thou au you, ce pronom que nous connaissons pour, en anglais moderne, dire indifféremment tu et vous.

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