• résidence 2016-2017
  • Luttes politiques
  • Clandestinité

 

Comment l'État fabrique-t-il des clandestins ? Quels moyens et savoirs de lutte sont inventés pour contourner, détourner, éclater les frontières physiques et subjectives qui nous séparent ?

Classes de lutte, projet artistique de Paloma Polo, ouvre une enquête collective autour de la clandestinité militante, celle d'hier et d'aujourd'hui, qu'elle émerge dans un État fasciste ou « démocratique », qu'elle soit stratégie de résistance ou imposée par le pouvoir décisionnel. Nous partons du non-accueil des émigrés, au cœur des conflits contemporains et des pratiques de résistance, pour lancer une école ouverte qui réunira des personnes engagées dans la lutte contre les violentes lignes de partage juridico-politiques qui cisaillent les mondes légaux et illégaux, visibles et cachés, autorisés et rejetés.

À un moment où la logique de la guerre structure la souveraineté, Classes de lutte se déploie autour des notions d'étrangers, d'exilés et des résistances menées dans la fragmentation sociale. Partant du postulat que la diffusion de ces savoirs militants est difficile, ces temps de rencontres de Classes de Lutte ont été construits afin d’ouvrir des brèches accueillantes de témoignages et d’échanges d’exériences singulières ou communes. Par savoirs militants, nous entendons très largement ce qui émerge de l’engagement, ce qui est expérimenté, entendu, lu et vu individuellement ou collectivement dans le cadre d’une mobilisation de l’être politique.

Rendre public ces échanges par l’ouverture à toutes et à tous nous apparaît donc comme un moyen de rendre visible, d’interroger et de combattre un Etat d’injustice.

Comment derrière une façade « d'unité nationale » et « d’État de droit » une structure étatique exerce-t-elle et légitimise-t-elle un contrôle répressif à l'encontre de celles et ceux qui arrivent en France ? Quelles sont les perspectives critiques éclairant des pratiques discrétionnaires de productions légales de catégories d'une altérité menaçante ? Comment réagir maintenant ? Quelles armes sont à notre disposition ? Comment en inventer de nouvelles ?

Classes de Lutte, initié par l’artiste espagnole Paloma Polo, en résidence aux Laboratoires d’Aubervilliers depuis juillet 2016, s'inscrit dans la dynamique de sa pratique artistique, qui prend la forme d’une vérification et d'une réécriture de l’histoire comme méthode de compréhension et de réaction active aux enjeux de notre époque contemporaine.

                             

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MANIFESTE DES CLASSES DE LUTTES

                                           Comment apprend-on à se débrouiller
                                           dans ce monde de merde ?



Politique, politique, quand deviens-tu ?

Nous partons de l'idée que la politique est rare et précaire. Elle est acte de pensée ponctuelle. Aujourd'hui, des gestes élémentaires et ordinaires peuvent constituer des actes politiques. Une couverture donnée à quelqu'un qui dort dans la rue finit par lui être arrachée par les forces de l'ordre pour être jetée au fond d'une poubelle des services de nettoyage de la ville. L’aide aux sans-papiers, aux migrants est criminalisée. Partout, des manifestations sont interdites et les slogans se perdent dans le vacarme des tirs des flash-ball. La politique contemporaine apparaît-elle dans l’urgence d'une survie au quotidien ou dans notre recherche de l’événement déclenchant l’étincelle destituante ?
            

Politique, politique, où es-tu ?

La politique n'existe pas au parlement ou dans les instances gouvernantes. Ni dans l'idée moribonde des partis ou des mouvements sociaux. Dès lors, elle est hors de l'appareil décisionnel et se réalise dans des formes de clandestinité, dans les interstices du monde vécu.
Elle est dans la tête des gens. Elle est dans la singularité des actes. Il arrive que ces subjectivités se rencontrent, dialoguent et ouvrent la voie d’une pensée politique. Où se situent les lieux politiques et comment se construisent-ils dorénavant ?


Politique, politique, qui es-tu ?

La politique n'est pas un objet, ne s'incarne pas, ne désigne rien. Elle n’est ni l’État, ni la révolution. Elle n'est pas un horizon mis à distance duquel on discuterait, que des scientifiques disséqueraient comme une souris de laboratoire à coups de concepts-scalpels pour voir ce qu'elle contient. La politique est vivante, sujet et action. Elle n’est pas une pensée critique qui neutralise l’agir.


Politique, politique, que dis-tu ?

Alors les mots de Marx nous reviennent en tête : dans la lutte, il n’y a rien d’autre à perdre que nos chaînes. Mais sommes-nous capables de déverrouiller les menottes mises à nos poignets par le capitalisme ? Maintenant, et peut-être plus que jamais, nous vivons avec la peur de perdre ce que nous n’avons pas. Nous avons conscience d’une chose : être embourbés dans la confusion des discours et analyses de plus en plus nombreux. Ils tourbillonnent, s’affrontent et se font écho pour nous laisser pantelants et sonnés.


Politique, politique, que fais-tu ?

Est-ce l’envie d’un autre monde possible qui éclipse notre pensée du politique ? Nous ne nous demandons pas comment un autre monde est possible mais comment rendre impossible ce monde-ci. Le tissu social est déchiré et les attributs de notre humanité sapés à tel point que le fait de parvenir à faire communauté est devenu un parcours du combattant.

C’est pourquoi la politique est un geste, main ou poing serrés. Elle oscille comme un funambule sur la corde qui relie des monts d’une époque fragmentée.

Nous devons combattre car il n’y a rien à gagner.



« Alors l’horizon ? Sombre, radieux ? Non ! il n’y a pas d’horizon, il y a un présent, il y a un possible » - Sylvain Lazarus

 

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Résumé des rencontres programmées dans le cadre des Classes de Lutte :

Samedi 20 mai 2017, 19h
Classes de Lutte #1 : Cinéma espagnol militant sous Franco
Projection suivie d'une discussion avec le philosophe et activiste Mariano Lisa

Mardi 30 mai 2017, 20h
Classes de Lutte #2 : Les deux mémoires de l'Espagne sous Franco par Jorge Semprún
Projection suivie d'une discussion avec Carmen Claudín (historienne et philosophe), Dominique Martinet et Thomas Landman (fille et petit-fils de Semprún).

 

 

Schéma réalisé par Clémentine Ebert, 2017 - tous droits réservés

 

 

 




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Le projet Classes de Lutte de Paloma Polo reçoit le soutien de l'Acción Cultural Española, AC/E, le Mondriaan fonds, Canon France et la Cinémathèque française.