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Lorsque vous pénétrez dans une chambre sourde, vous êtes saisi tout d’abord par une perte d’équilibre… Les parois de la pièce n’ont plus d’existence sonore, l’oreille ne perçoit plus l’espace délimité par les réflexions acoustiques sur les murs, le plafond. Puis on ferme la porte, et pour vous, disparaissent tous les sons de l’extérieur… Le moindre de vos souffles commence à prendre une importance insoupçonnée. Comme si une loupe venait grossir le moindre des craquements de votre corps, vous vous surprenez à entendre le battement de votre propre cœur. Votre corps, de vos os à votre système digestif, en passant par le cœur et les poumons, remplit l’espace sonore. À l’inverse, si vous entrez dans une pièce réverbérante, tous les petits sons disparaîtront, mais les frottements de vos pieds auront une grande résonance. Ici, vous êtes confrontés à une dilatation du temps sonore… Frappez dans vos mains, le claquement sec devient une lame sonore parcourant tout l’espace et disparaissant lentement, sans fin précise. Sur le plateau, nous inventerons une chambre sourde réverbérante… Tous les petits sons du corps du danseur, dans cet espace trop réduit pour lui, deviendront grondements sonores démultipliés. Le temps pourra progressivement se dilater, et des simples sons de bouche, des mouvements, des glissements sur le sol ou sur les parois, naîtra une musique à la fois intime et puissante…
Des capteurs spécialement développés pour cette création, intégrés à l’intérieur des parois elles-mêmes permettront de saisir le moindre frémissement. Un logiciel développé spécialement (Arnaud Sallé) permettra de maîtriser les risques de larsen et de gérer des traitements électroacoustiques en direct (Thierry Balasse) pour aller du sonore au musical. La diffusion son enfin, maîtrisée elle aussi par informatique (Julien Clauss), n’apportera d’abord aucun mouvement, mais plongera le spectateur dans le même espace que le danseur.
Lorsque l’espace scénique sera détruit, alors le mouvement sonore apparaîtra, en contraste avec la masse immobile du tambour de bois frappé par le danseur.

Texte écrit par Thierry Balasse


ARF