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Le week-end du 15 et 16 septembre propose un temps fort consacré aux réflexions menées depuis octobre 2017 autour de la thématique de la sixième édition du Printemps des Laboratoires : Endetter et punir.

Loin de nous focaliser sur la seule dimension financière, qui concentre bon nombre de débats politiques aujourd’hui, nous rappelons que d’une part, la pensée économique est inséparable de la pensée politique et que la dette, au-delà de la relation à l’argent qu’elle comporte, impacte nos manières d’agir et notre être fondamental, entraînant des privations de libertés. Autrement dit, elle est un dispositif de pouvoir qui contrôle et modèle nos formes de vie. Or, si la dette fait intrinsèquement partie de notre être à la fois social et individuel ― nous sommes nés endettés et prolongeons cet endettement sur les futures générations ―, il nous faut nous éveiller à la construction de nouvelles subjectivités humaines non oppressives. 

Contre la « dette infinie », caractéristique de la modernité et assimilée comme destin inéluctable, contre son économie et sa morale qui prend racine dans la culpabilité et la peur, nous nous employons à explorer des stratégie de résistance et de lutte, capables de proposer des points de fuite, des nouveaux modes d’être ensemble, des procédures d’attention autres, tout ce qui peut aider à décoloniser nos pensées, décapitaliser et dépatriarcaliser nos structures sociétales.

 

 

Samedi 15 septembre 2018, de 11h à 23h

 

10h30 Accueil café

 11h ― Vers une économie qui mette la vie au centre / Conférence inaugurale par Yayo Herrero (anthropologue et activiste écoféministe)

Nous vivons dans un moment où l'économie et la politique hégémonique sont bâties à côté de et contre ce qui soutient la vie humaine. L'objectif de croissance économique détruit les minéraux, les forêts, l'eau ... ainsi que le tissu même de la communauté et de la société. Transformer les systèmes socio-économiques pour qu'ils aient la priorité de la durabilité de la vie est urgent. Ce qui est vraiment coûteux (dans le sens de ce qu’on continuera à payer pour toujours) c’est de ne rien faire.


13h Pause déjeuner


14h30 ― Les Colloques Sauvages  /  Rencontre conçue et menée par Josep Rafanell i Orra (psychologue et psychothérapeute)

Après trois ans de rencontres dans le cadre du séminaire "Pratiques de soin et collectifs" et “Quelles autonomies”, Josep Rafanell i Orra propose une rencontre en deux temps: le 15 septembre aux Laboratoires, puis le 29 septembre dans une friche parisienne. Des membres de Groupes d'entraide mutuelle, du Réseau d'entendeurs de voix, de l'école Maïa, accueillant des enfants autistes, le collectif Dingdingdong (institut de coproduction de savoirs sur la maladie de Huntington), des jardiniers de l’École spéciale des espaces libres, du Pôle d'exploration de ressources urbaines qui travaillent sur l'hospitalité dans nos espaces métropolitains, des chercheurs... nous ferons part de leurs pratiques dans un contexte où nous avons plus que jamais besoin d'affirmer des formes de coopération et de résistance face aux institutions, de nous lier à partir de modes d'existence hétérogènes. Créer une trame entre des manières singulières de faire exister nos expériences, des formes communales de coopération, nous semble être une des plus fructueuses hypothèses politiques d'aujourd'hui. À ceux qui prétendent nous gouverner en instituant un climat de peur et d'hostilité généralisées, nous pouvons répondre par le partage comme forme d'émancipation qui repeuple le monde.


16h00 ― Les bons comptes font les bons amis ? Dettes multiples et dettes invisibles  / Table ronde avec Margaux Le Donné (doctorante en science politique) et Jeanne Burgart Goutal (professeure de philosophie)

Cette table ronde se propose de décliner la notion de dette dans une perspective écoféministe. Dette écologique, dette (post)coloniale, dette des hommes à l'égard des femmes, des humains à l'égard de la nature, endettement des paysans, dette à l'égard des générations passées et des générations futures... l'écoféminisme déploie cette notion dans toute son ambiguïté, entre dénonciation d'injustices héritées et célébration d'interdépendances cachées. Les luttes pour la reconnaissance de tous les processus et tâches permettant la subsistance et la régénération du vivant génèrent leur lot de questions : à l’heure de bouleversements globaux, qui doit quoi à qui ? Depuis quand, jusqu'à quand ? Comment « rembourser » tout en récusant la marchandisation du vivant ? 


19h Dîner dans le jardin ― Afin d'organiser le dîner, merci de penser à réserver votre participation par email à reservation@leslaboratoires.org 


20h30 ― Une introduction  Performance documentaire de Olga de Soto (chorégraphe et chercheuse en danse) 

La Table Verte, oeuvre mythique du chorégraphe allemand Kurt Jooss, créée en 1932, quelques mois seulement avant qu'Hitler n'accède au pouvoir en Allemagne. Ce ballet en huit tableaux pour seize danseurs, inspiré par une danse macabre du Moyen- ge, est considéré comme une des oeuvres les plus politiquement engagées de l'histoire de la danse du XXème siècle. Spectacle emblématique par les thèmes qui y sont abordés (la montée du fascisme et la guerre), empreint du climat trouble de la période qui précéda la Seconde Guerre Mondiale et, en somme, “visionnaire” face à la réalité sombre d'une époque. Durant le chemin parcouru, certaines questions se sont affirmées : quelles traces restent dans la mémoire de ceux qui ont réalisé un spectacle il y a longtemps ou de ceux qui, par leur travail, permettent qu'il continue d'exister aujourd'hui ? En quoi consiste le travail de transmission ? Qu'est-ce qu'être interprète ? Quels sont la place et le rôle des interprètes dans l'histoire de la danse ? Comment évolue une oeuvre au sein de sa propre histoire ? Et au sein de l'Histoire ? Quel est l'impact d'une oeuvre politiquement engagée dans la mémoire d'un public ? Dans le cadre du Printemps, Une introduction nous interroge sur notre dette vis-à-vis de l’histoire tout en résonnant fortement avec l’actualité politique et la montée des nationalismes qui se jouent à l’échelle internationale, nous rappelant que l’histoire se répète et que nous avons toujours à apprendre du passé.

 

 

Dimanche 16 septembre 2018, de 11h à 18h


10h30 Accueil café


11h ― Projection du film Bamako d’Abderrahmane Sissako (2006)

Melé est une chanteuse de bar et son mari, Chaka, au chômage s’enfonce dans le silence. Malgré une fille qui les unit, leur couple s’émiette petit à petit. Ils vivent dans une maison qu’ils partagent avec plusieurs familles. Dans la cour, se tient un étonnant événement : le procès de la société civile africaine contre la Banque mondiale et le FMI.


12h00 Buffet dans le jardin


12h00 ― Présence toute la journée de La Permanence, collectif contre les discriminations raciales dans l’art

Le collectif La Permanence est un groupe de personnes liées au milieu de la danse (artistes, professeur.e.s, étudiant.e.s, producteur.trice.s, programmateur.trice.s) qui se réunit régulièrement à Paris pour pratiquer collectivement une décolonisation des regards et mettre en place des actions pour rendre visible les personnes minorisées. La Grande H est le nom de leur zine. Pendant le Printemps des Laboratoires aura lieu la publication du n°1.


12h45 ― Lectures de Famille Rester. Étranger

« Mes chouchous je vais vous dire une chose. Avant je parlais. Avant j’écrivais. Avant je pensais. Et je le faisais en français! Ça c’est le passé. Il n’est pas simple. Il est imparfait. Maintenant je suis en FLE. Et ça. Ça veut dire que quelque soit mon niveau je n’écrirai ni ne parlerai plus jamais en français. Jamais est un mot qui laisse un vide derrière lui. Comme quelqu’un qui quitte à jamais son village. Jamais est le chameau. La vache. La chèvre qu’on abandonne à jamais avec son lait dedans. Jamais est une maison qu’on ne reverra plus parce qu’elle a été incendiée. Et parce qu’elle continue d’être incendiée nous allons aller aux Laboratoires
d’Aubervilliers ».


13h45 ― Agir pour un tournant anthropologique/politique. Penser depuis et avec l'Afrique. Ouverture par Emmanuelle Chérel (historienne de l’art) de l'après-midi consacrée à deux points de vue abordant ces questions Endetter.Punir depuis l’Afrique :

14h00 ― Renouveler le lien, faire monde par Séverine Kodjo-Grandvaux (philosophe)

Penser depuis et avec l’Afrique. En quel sens cela est-il pertinent pour les autres ? Qu’est-ce que les expériences africaines disent de la civilisation occidentale ? Et si nous inversions les rôles ? Et si nous, Occidentaux, habitués à vouloir dicter aux autres comment résoudre leurs problèmes et relever les défis de la modernité, nous engagions le dialogue avec les philosophes africains pour voir comment, à partir de leur expérience, il serait possible de réparer ce que la Modernité occidentale a brisé ? Et si penser avec eux nous permettait de renouveler notre propre réflexion sur la manière dont les Hommes peuvent mieux vivre ensemble au sein de la cité, malgré et avec toutes leurs différences, afin de faire monde et de construire des futurs désirables où le lien social et le lien avec la nature seraient renouvelés et émancipatoires ?

15h00 ― La démocratie contre la République par Ndongo Samba Sylla (économiste)

« Signe et vérité du pouvoir, écrit Pierre Clastres, la dette traverse de part en part le champ du politique, elle est immanente au social comme tel. C’est-à-dire que comme catégorie politique, elle offre le critère sûr par quoi évaluer l’être des sociétés. La nature de la société change avec le sens de la dette ». Dans les sociétés démocratiques, ceux qui occupent les positions de pouvoir ont une dette infinie vis-à-vis de leur mandants qui détiennent réellement le pouvoir. Par contre, dans les sociétés oligarchiques, c’est la relation inverse que l’on observe : les peuples croulent endettés sous la domination de leurs tyrans. L’examen du sens de la dette nous permet ainsi de voir que nous ne vivons pas dans des sociétés démocratiques, même en
« Occident ». On peut dire également que nous ne vivons pas dans un système international démocratique puisque les pays les plus pauvres ont depuis des siècles une dette infinie vis-à-vis des pays les plus puissants.
Inverser le sens des dettes dans le monde contemporain est à la fois une urgence et une nécessité si l’on veut le transformer positivement. Pour cela, nous avons besoin d’opérer quatre ruptures vis-à-vis de l’imaginaire dominant au sujet de la démocratie, un imaginaire qui continue de structurer et, ce faisant, d’anémier les luttes sociales dans les pays africains. Ces ruptures peuvent être énoncées sous forme de thèses.
Première thèse : l’ « Occident » n’est pas et n’a jamais été un « modèle » de démocratie. Certes des avancées politiques et sociales décisives y ont été réalisées. Toutefois les peuples n’y sont pas gouvernés démocratiquement.
Deuxième thèse : il est problématique de parler de « transitions démocratiques » en Afrique. Une telle assertion est tributaire de la conception libérale-occidentalo-centrique de la démocratie.
Troisième thèse : la possibilité de conquêtes démocratiques significatives dans les pays du Sud est contrainte par l’agencement hiérarchique et inégalitaire du système-monde moderne. La question du franc CFA sera mobilisée en guise d’illustration à cette thèse.
Quatrième thèse : l’institutionnalisation d’une civilisation démocratique suppose une réelle participation populaire, laquelle requiert à son tour un recul de la centralité du travail-emploi dans la vie des gens. Dans le cas de l’Afrique en particulier, le défi au cours du XXIe siècle, dans un contexte de croissance démographique importante et de mutations technologiques qui rendent le labeur humain de plus en plus redondant, sera comment redistribuer les richesses sociales autrement que par l’emploi.

16h/17h ― Discussion collective


17h00 ― Loverhood and debt / L’Etat amoureux et la dette / 
Performance de Robert Steijn en collaboration avec Ricardo Rubio (chorégraphes et performeurs)

Depuis cinq ans, Ricardo Rubio (Mexique) et Robert Steijn (Amsterdam) ont entamé une collaboration sur l’intimité de l’être humain. Venant tous deux du champ de la danse, ils s’inscrivent de plus en plus dans le celui des actions performatives. Dans leur travail, le conflit et la rencontre entre différentes cultures prennent une place centrale à travers des rituels personnels, des danses, des poèmes et des situations théâtrales. Ils confrontent l’idéologie occidentale de l’art à la valeur des danses et des rituels traditionnels d’Amérique latine. Leur premier travail en commun était «prélude sur l’amour», une série d’exercices sur la tendresse et la masculinité, remettant en cause les schémas du patriarcat et du machisme. Depuis peu, ils ont commencé à travailler sur un projet sur les dix ans à venir «loverhood». Il s’agit d’une chaîne d’actions performatives, d’ateliers et de textes traitant de la dimension spirituelle de la formation d’une communauté, basée sur la notion d’amour nourrie d’indépendance. Un amour qui suit les lois de l’alchimie, qui permet l’existence de réalités immatérielles et qui célèbre l’acceptation et la transparence. Pour ce week-end, Endetter et punir aux Laboratoires d’Aubervillers, Robert Steijn et Ricardo Rubio proposent une nouvelle version de Loverhood, dans laquelle ils se focaliseront sur le rituel de la gratitude envers l’autre comme acte de dette, en période de décolonisation. Ils se concentrent sur la croyance que la respiration et la nourriture sont les sources pour nourrir le corps et que la fabrication de la nourriture est au cœur de la culture de chacun, la nourriture ne pouvant plus être perçue comme un outil permettant de créer de la richesse dans un marché global.

 

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BIOGRAPHIES 

 

Jeanne Burgart Goutal est normalienne et professeure agrégée de philosophie. Elle mène depuis quelques années une recherche sur l’écoféminisme, mêlant approche théorique et vécue, avec un intérêt particulier pour la dimension postcoloniale du mouvement. Cette enquête philosophique l’a conduite de la France à l’Inde, sur la piste des images et pratiques dont les circulations, déformations et transformations tissent le discours écoféministe. Elle a publié plusieurs articles sur le sujet, dont notamment « L’écoféminisme, régression ou révolution ? » dans Féminismes du XXIe siècle par Bergès et Guyard-Nédelec ; « L’écoféminisme, une pensée de l’égalité dans la différence », dans Réparer les inégalités ? par Castelli et Selim, et coordonné le numéro « Écoféminismes » de la revue Multitudes. Elle prépare actuellement un livre qui paraîtra courant 2019.

Emmanuelle Chérel est docteure en Histoire de l’art habilitée à diriger des recherches, membre de l’UMR CNRS AAU équipe CRENAU de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes. Elle travaille sur les dimensions politiques de l’art et privilégie des approches et des outils théoriques interdisciplinaires afin de restituer une proposition artistique dans son contexte d’apparition pour observer son caractère d’acte accompli au sein d’une réalité historique. Actuellement, son travail se concentre sur le présent postcolonial du champ de l’art. Responsable à l’Ecole des Beaux-Arts de Nantes Saint-Nazaire du Campus Dakar/Rufisque, elle y a mené les projets de recherche Pensées archipéliques et Penser depuis la frontière. Elle a publié de nombreux articles dans notamment Critique d’Art, Multitudes, Black Camera, le Journal des Laboratoires d’Aubervilliers, L’Art Même, May, etc..). Elle est l’auteure de Le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes - Enjeux et controverses (PUR, 2012), et a codirigé L’Histoire de l’art n’est pas donnée : Art et postcolonialité en France (PUR, 2016), ainsi que Penser depuis la Frontière (Dis voir, 2018).

Yayo Herrero est anthropologue, ingénieure, professeure et activiste écoféministe, née et vivant en Espagne. Elle est l’une des chercheuses les plus influentes en matière d’écoféminisme et d’écosocialisme en Europe. Coordinatrice d’État pour Ecologistes en action, elle a participé à de nombreuses initiatives sociales sur la promotion des droits de l’homme et l’écologie sociale. Elle est actuellement professeure à l’Université nationale de l’enseignement à distance (UNED) et directrice générale de FUHEM, une fondation indépendante à but non lucratif qui promeut la justice sociale, l’approfondissement de la démocratie et la durabilité environnementale, à travers l’activité éducative et le travail sur les questions éco-sociales. La recherche de Herrero se concentre sur la crise écologique actuelle conséquence du modèle de développement et de production capitaliste. Elle propose une transition vers un modèle économique différent qui prenne en compte l’inclusion sociale de tous les individus et qui est compatible avec la capacité de régénération de la nature.

Séverine Kodjo-Grandvaux est philosophe, chercheure associée au Laboratoire d’études et de recherches sur les logiques contemporaines de la philosophie de l’université Paris 8. Elle est l'auteure de Philosophies africaines (Présence africaine, 2013) et elle a co-dirigé l’ouvrage Droit et colonisation (Bruylant, 2005). Ancienne rédactrice en chef des pages culture de Jeune Afrique, elle est actuellement journaliste pour Le Monde.

Margaux Le Donné est doctorante en théorie politique à l’IEP de Paris. Ses recherches s’inscrivent dans le domaine des humanités environnementales et portent sur les critiques du concept d’anthropocène, en particulier au travers du mouvement écoféministe.

La permanence est un groupe de personnes liées au milieu de la danse (artistes, professeu.e.s, étudiant.e.s, producteur.trices, programmateur.trices) qui se réunit régulièrement à Paris pour échanger autour de la problématique des discriminations raciales au sein des institutions artistiques et des contextes de travail de façon plus générale.

Josep Rafanell i Orra est psychologue et psychothérapeute. Il collabore depuis plus de 25 ans au sein d’institutions de soin et de travail social. Sa